Maison de laine 24 éditions

La Maison de laine

 1997 – 2002

laine, soie, coton, granit

Fonds national d’Art Contemporain

Commande publique

 

Maison de laine 1998 2   Maison de laine 1997 2  

Maison de laine 1999 2      Maison de laine 2002 2        

La Maison de laine prend sa forme à l’aide du temps.

Placée dans un parc forestier, au bord d’un lac, à Vassivière (France), cette œuvre tissée, dans la grande tradition d’Aubusson, est vouée à  la disparition.

Confrontant les grands thèmes ruralité/urbanité, conservation/disparition, intérieur/extérieur… Il ne reste plus, en 2004, que les traces photographiques enregistrées chaque année, tout au long du dégradé de l’entropie naturelle. 

 

 

 

Camera 2 https://www.youtube.com/watch?v=oi5qYxax0uQ

 

 

3 maison de laine

 


24 éditions

2009 : Le Radar/Bayeux. 2008 : Musée/Bourgoin Jaillieu. 2007 : Centre d'art, La maison de Jim Thompson/Bankok, Thaïlande.

2007 : Selasar Sunaryo Art Space/Bandung, Indonésie. 2007 : Museum National/Jakarta, Indonésie.

2006 : Bibracte/Saone et Loire. 2006 : Ambassade de France/Prague, Tchécoslovaquie. 2005 : Monterrey, Mexique.

2004 : Oaxaca, Mexique. 2004 : Merida, Mexique. 2004 : Mexico, Mexique. 2003 : Chateau de Vögué, Ardèche.

2003 : Musée des Beaux arts et de la dentelle/Alençon. 2002 : Fondation de la Tapisserie/Tournai, Belgique.

2001 : Galerie Gérard Crinière/Aubusson. 2001 : Lima, Perù. 2001 : La Paz, Bolivia. 2001 : Rio de Janeiro, Brasil.

2001 :  Buenos Aires, Argentine. 2000 : 1ère Manif d'art, Centre d'art Oeil de poisson/Québec city, Québec.

2000 : Espace Saint Jacques/Saint Quentin. 1999 : California College of Arts and Craft Institute, Oliva Art Center/Oakland, USA.

1998 : Palais du Luxembourg/Paris. 1997 : Centre International du Paysage/Vassivière.

 


Entretien avec Camille Martel (commissaire d’exposition). 2012

- Depuis 1995-1996, une réflexion sur le médium textile est menée au sein du centre national des arts plastiques et de la Délégation aux arts plastiques afin de sensibiliser et d’inciter les artistes et les artisans du textile fait main et industriel à se rencontrer, dialoguer, créer et produire des œuvres d’art et les présenter au public. De cette réflexion, une exposition modulable et itinérante, intitulée « Métissage », présente au public l’ensemble des projets réalisés. Il me semble que votre œuvre, Maison de Laine, est une des œuvres réalisées dans ce cadre.

- Quel(s) sens Maison de Laine a pour vous et que voulez-vous transmettre au public ?

La Maison de laine est avant tout une œuvre autobiographique. Elle correspond à une période de ma vie teintée d’isolement urbain. On peut y voir bien sûr un rapport avec la tradition de la vanité, mais elle réfléchit avant tout sur l’acte de collectionner et son rapport avec le marché de l’art. En disparaissant elle lui échappe. Pour moi, dans l’absolu, l’art est ailleurs et certainement pas au service de la spéculation. C’est avant tout les artistes qui font l’art, encore faut-il réfléchir sur le sens du mot « faire ». Cette œuvre a été installée, il y a bientôt 14 ans. elle est disparue et pourtant elle est bien vivante dans le temps. C’est d’ailleurs sa première destination. Elle marque un temps, dans le sens, elle trace un temps. Elle le dessine. Elle prend de l’épaisseur avec et grâce à lui.

- Avez-vous choisi une structure en granit car c’est un des matériaux du Limousin ?

C’est vrai que c’est du granit local mais tout autre provenance aurait été aussi valable. Dans cette œuvre, les choses se sont installées d’elles-mêmes en prenant sens au fur et à mesure. C’est comme si toutes les conditions étaient réunies d’avance dans une logique naturelle et de coïncidences heureuses. Je n’avais pas pensé au début que la première fonction des tailleurs de pierre, par exemple, c’était tout d’abord de fabriquer des tombes.

- Comment reliez-vous cette œuvre aux autres œuvres que vous avez réalisées, du point de vue de son sens et de son apparence ?

C’est l’artiste qui « fait » art. En fait, c’est l’artiste qui donne les conditions pour qu’il y ait acte d’art. Tout s’est échappé avec cette œuvre. Si on regarde de prêt même le squelette semble rire. C’est plus de la maladresse qu’une volonté de ma part. J’aime quand les gens ou les choses s’emparent des dispositifs qui sont mis en place. Dans ces moments, il y a une création de valeur : une valeur identitaire, un autre marché. J’aime quand les œuvres font appel au don, à l’engagement, à la participation. Cela crée une autre économie. Il s’agit toujours de déplacer. L’art n’est pas réservé, ni cloisonné. Par exemple et pour être plus proche de mes derniers travaux, des dispositifs comme Retour, mené avec des chercheurs d’emploi ou Repas ne se réduisent  pas à des dispositifs sociaux. Ce sont avant tout des cadres qui réfléchissent et agissent sur les identités, les portraits en fait. Il ne s’agit pas de fonction mais de destination.

- Comment avez-vous créé votre œuvre ?

Dans la solitude et en reflet aux misérables pratiques spéculatives du marché. Je plaisante. J’ai procédé comme bien souvent dans mon travail par l’inversion et le déplacement. La tapisserie destinée à l’intérieur se retrouve à l’extérieur et pour sa disparition. Le squelette devient la peau. La maison habituellement couverture est recouverte par la tapisserie. La collection qui ne se conserve pas.

- Avez-vous été en collaboration avec un maître d’art en tapisserie ? Si oui, comment cela s’est-il passé pour l’élaboration de votre œuvre ? Avez-vous vous-même tissé la tapisserie de la Maison de Laine ? La tapisserie, à la fin de sa réalisation, possédait-elle un bolduc sur son revers, sur lequel était inscrit le nom de l’atelier, le nom de l’artiste, la signature, la date d’exécution, le numéro du carton, bien qu’elle était vouée à disparaître ?

La manufacture avait signé sur l’envers de la tapisserie : « courant d’art », à l’époque.

Pas de nom d’artiste, dans ces circonstances cela aurait été déplacé, je pense.

Ce qui m’a le plus surpris, c’est  de voir, au moment de la tombée de la tapisserie, la fidélité de la reproduction. On aurait dit un miroir, le reflet exact des cartons que j’avais fournis. Je me souviens avoir eu une seconde d’effroi face à cette sensation d’ordre magique.

Le lissier m’a fait une belle surprise : Il a travaillé avec des fils bruns qui entouraient un fil vert pour tisser le fond de la tapisserie. Quand, avec le temps, la tapisserie a commencé à se dégrader en surface, le brun a laissé progressivement apparaître le vert. La maison était en train de se fondre dans le vert naturel de la forêt. Il n’y avait plus de dégradation, mais un dégradé entre l’œuvre et la nature. La maison rejoignait l’espace naturel dans lequel elle avait été placée. Cette transaction d’univers en univers contrastait le motif en soi du squelette et qui à son tour semblait flotter dans les airs, sans aucun support. Le lissier avait prévu la disparition sans me le dire. Il s’était emparé avec bonheur de sa propre histoire au travers de la Maison. Cette chimie métaphysique a pris environ un an avant de passer sur une autre phase. Mais c’est une autre histoire.

- Votre œuvre, se trouvant en extérieur, a-t-elle connu des interventions ? Si oui, pouvez-vous m’en faire part ?

À chaque visite que j’effectuais, je pouvais intervenir sur une couture ou un replacement de la tapisserie.

Elle a été présentée une fois dans une galerie après trois ou quatre ans d’exposition aux intempéries. Aux vues de son état, il a fallu la restaurer (des vers avaient élus domicile dans les fibres). Elle a été lavée et remise en forme par une spécialiste de la restauration.

La Maison a été déposée en pleine période d’élections régionale et un élu local s’est saisi de cette opportunité pour baser sa campagne électorale contre la politique culturelle arguant le gaspillage de l’argent public et visant plus spécifiquement le Centre d’Art de Vassivière. Nous avons dû retirer la tapisserie pendant un certain temps et par intermittence.

Enfin avec la tempête de 2001, je crois, la structure granit menaçait de tomber dans le lac de Vassivière. Nous avons dû reculer le bloc de quelques mètres.

- Pensez-vous que l’on a pu utiliser un traitement particulier pour que la tapisserie dure le maximum de temps ?

La tapisserie a été tissée dans les règles du grand art.

Aujourd’hui, il ne reste rien de la tapisserie, si ce n’est que quelques photographies et une vidéo qui témoigne de la lente dégradation jusqu’à sa disparition.

- La documentation de cette œuvre n’est-elle pas autant, voire plus important, que ce qu’il reste de l’œuvre?

Aujourd’hui, il reste beaucoup de photographies de la Maison au fil du temps. Quelqu’un a photographié toute l’évolution. Mais ces photographies non jamais été présentées faute de commande.

Cette documentation est bien sûr essentielle dans la mesure où elle traduit cette action.

Elle déplace aussi le support de la tapisserie vers un autre espace plastique.

Il y a deux vidéos :

  • Un documentaire qui retrace l’installation de la Maison
  • Une vidéo : « Ma Peau ». Sorte de performance, elle présente l’habillage et le déshabillage de la Maison durant 30 minutes. Ce n’est pas une boucle, c’est une succession d’actions similaires et répétitives (n’ayant pas les moyens financiers pour réaliser le montage, j’ai décidé de faire un tournage montage en reproduisant toujours le même geste). Cela donne une autre dimension à la vidéo comme, par exemple, un épuisement physique suite à la manipulation de la tapisserie. On le perçoit très bien en regardant la vidéo. Mais c’est aussi lier au concept de l’enfermement non seulement dans l’action du recouvrement car la répétition est une forme de l’enfermement.

- Qui vous a passé commande pour la réalisation de cette oeuvre? Est-ce l'Etat qui ensuite vous a suggéré de placer votre oeuvre sur l'île de Vassivière, ou est-ce Dominique Marchès?

Vous vous demander comment j'ai reçu cette commande. Dominique Marchès, l'Etat ? C'est une belle comparaison.

Je revenais d'une année de résidence en Bretagne à Pont-Aven et je me trouvais lors d'un vernissage au Magasin de Grenoble où j'ai rencontré Marie-Claude Jeune qui était à cette époque conseillère pour les Arts Plastiques à la Drac Rhône Alpes. J'ai fait mes "études" à Grenoble et donc nous nous connaissions. Nous nous sommes fixé un rendez-vous pour que je lui présente mon travail. Cela s'est passé très rapidement car je vivais à Paris (enfin...) et j'étais juste de passage à Grenoble. Elle s'y trouvait aussi pour quelques jours.

J'avais réalisé pendant cette année de résidence un certain nombre de recherches dont le projet de la Maison.

Elle m'a donc conseillé (c'était son métier) de rencontrer Yves Sabourin, fraîchement nommé à la Dap et commissaire de "Métissages", pour développer des projets autour du textile.

Là j'ai eu de la chance ( mais je crois vous l'avoir dis dans mon courrier précédent).  J'ai appelé Yves. Je lui ai présenté mon travail. Il m'a demandé un projet pour une tapisserie dans les 15 jours. Et je suis revenu avec le projet de la Maison. Il y a eu des commissions et c'est passé. 3 semaines après j'avais la commande.

Vassivière s'est présenté comme naturellement. C'est un lieu isolé, au milieu de rien. C'est le propos de la Maison.

J'ai du soutenir le projet devant Dominique Marchès qui a accepté par la suite d'accueillir la Maison.

- Pourquoi avez-vous installer cette oeuvre à cet emplacement sur l'île? Le fait qu'elle soit au bord de l'eau est-il en rapport avec les hameaux englouti lors de la création du barrage?

Je ne connaissais pas le Centre d'art de Vassivière, pas plus que le monde de la tapisserie et ni leurs histoires non plus. le fait que le lac ai englouti un village, des maisons rentre encore dans ces coïncidences dont je vous ai parlé précédemment. Vassivière est proche d'Aubusson, cela allait encore de sens.

Par contre, le fait que la Maison soit installée au bord du lac entre dans son concept. le reflet est un des éléments essentiels dans sa conception.

Le retournement, "l'autre côté du miroir" est une constante artistique. Cela augmentait encore la signification de l'inversion, aussi flou que le reflet peut l'être.

 

 

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